Arrêt définitif de Doel 1
Le vendredi 14 février 2025 à 21:37, après 50 ans de production d'électricité, conformément à la loi du 31 janvier 2003 sur la sortie progressive du nucléaire Electrabel a arrêté définitivement le réacteur nucléaire Doel 1 et l'a déconnecté du réseau à haute tension. Doel 1 était le troisième réacteur nucléaire belge à être définitivement mis hors service, après Doel 3 en 2022 et Tihange 2 en 2023. Doel 2 suivra le 30 novembre 2025.
50 ans de Doel 1 en chiffres
445 mégawatts de puissance
15 124 jours de production d'électricité
148 milliards de kilowattheures produits
Plus de 120 000 équipements à démanteler pour Doel 1 et 2
Comment tout a commencé
L'histoire de Doel 1 – et par extension de la production industrielle d'électricité par l'énergie nucléaire en Belgique – commence au milieu des années 1960, lorsque les entreprises énergétiques Ebes et Intercom entament des études préparatoires pour la construction de deux centrales nucléaires, l'une sur la rive de l'Escaut à Doel et l'autre sur la rive de la Meuse à Tihange.
Fin 1968, ils passent commande des réacteurs nucléaires Doel 1 et 2, chacun d'une puissance de 392,5 MW. Les entreprises belges ACEC et Cockerill collaborent avec l'américain Westinghouse pour la conception et la construction de ceux-ci.
À l'été 1969, le chantier est ouvert sur un terrain surélevé dans le polder de Doel sur la rive gauche de l'Escaut. En 1972, la cuve du réacteur de Doel 1 arrive sur le chantier, suivie par les générateurs de vapeur, les diesels de secours, l'alternateur et les turbines à vapeur.
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Le 18 juin 1974, le réacteur de Doel 1 atteint pour la première fois la criticité, c'est-à-dire une réaction en chaîne nucléaire stable, où chaque fission libère un neutron qui à son tour fissionne un autre noyau.

Le 15 février 1975, la production industrielle d'électricité commence officiellement à Doel 1 et à l'automne, son « jumeau » Doel 2 suit.
Un prolongation de 10 an
En février 2007, le compteur de Doel 1 atteint le cap des 100 milliards de kilowattheures d'électricité produite. Fort de ces bonnes performances, Electrabel commence en 2009 à préparer un dossier pour une prolongation d'exploitation de la centrale après son quarantième anniversaire en 2015. La loi sur la sortie du nucléaire stipule depuis début 2003 que Doel 1 doit cesser définitivement de produire de l'électricité à cet anniversaire, mais la direction de l'entreprise a convenu avec le gouvernement Van Rompuy que cette date de cessation obligatoire serait reportée de dix ans. La même année, Electrabel remplace également les 2 générateurs de vapeur de Doel 1 – un exploit technique qui nécessite, entre autres, de créer une ouverture (et de la refermer hermétiquement ensuite) dans le toit du bâtiment réacteur à double paroi.
En 2012, l'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) approuve le dossier de prolongation après une évaluation approfondie. Peu de temps après, le gouvernement Di Rupo décide cependant que Doel 1 et 2 doivent tout de même fermer définitivement en 2015. Les plans d'action pour la prolongation sont mis de côté; à la place, Electrabel commence dès lors à préparer l'arrêt définitif et le démantèlement.
Fin 2014, un nouveau rebondissement se produit : le nouveau gouvernement Michel inclut dans son accord de gouvernement une prolongation d'exploitation de Doel 1 et 2, afin d'assurer l'approvisionnement énergétique du pays. Cependant, il faut du temps pour modifier la loi sur la sortie du nucléaire, donc le 15 février 2015 – exactement au 40e anniversaire de Doel 1 – le réacteur est arrêté et la centrale est déconnectée du réseau haute tension.

Mi-2015, le parlement fédéral approuve la modification de la loi sur la sortie du nucléaire : Doel 1 et son « jumeau » Doel 2 peuvent rester en service jusqu'à leur 50e anniversaire en 2025. Entre-temps, Electrabel a mis à jour et soumis à nouveau à l'AFCN le dossier de prolongation préparé précédemment pour Doel 1 et 2 – qui avait dû être « mis au frigo » en 2012. À l'automne 2015, l'AFCN et son Conseil Scientifique approuvent ce dossier et le plan d'action associé. Le plan d'action prévoit une répartition des ajustements et des mises à niveau nécessaires des installations sur plusieurs années ; il faut en effet du temps pour recruter à nouveau du personnel, commander de nouveaux combustibles et pièces de rechange et attirer des fournisseurs spécialisés. Certaines actions prioritaires sont encore réalisées en 2015, avant la reprise, mais le véritable point culminant se situe lors de deux longues révisions durant les étés 2018 et 2019. Après l'achèvement réussi du plan d'action, Electrabel soumet son rapport final à l'AFCN au printemps 2020.
Début 2020, l'AFCN a élargi l'arrêté royal existant sur les prescriptions de sécurité pour les installations nucléaires avec une série de nouvelles exigences, applicables à toutes les centrales nucléaires qui font l’objet d’une future prolongation d'exploitation. Les unités les plus anciennes - Doel 1 et 2 et Tihange 1 - ne répondent pas à ces nouvelles normes.
La suite
Le 14 février 2025, après 50 ans, la production d'électricité à Doel 1 a pris fin définitivement. Cependant, il faudra encore attendre un peu pour le véritable début des activités d'arrêt, car Doel 1 forme un « jumeau siamois » avec Doel 2. Les deux centrales partagent en effet une salle de contrôle, une salle des machines et de nombreux systèmes de sécurité communs. Ceux-ci resteront tous en service jusqu'à l'arrêt définitif de Doel 2 le 30 novembre 2025.